Mon arrière-grand-père et son frère sont nés à Rurutu en 1898. À quinze ans, ils ont voulu partir voir Papeete sur un caboteur. L’un est revenu trois mois plus tard, brisé par la ville, et n’a plus jamais quitté son île. L’autre est resté à Tahiti, a appris le français, a fait fortune dans le coprah. Quand on les a réunis pour les soixante ans de notre grand-mère, ils ne se parlaient presque plus le même reo. L’un avait gardé celui de Rurutu, l’autre avait pris l’accent de Papeete.