L’aéroport brûlait, en septembre 1995, après la reprise des essais nucléaires que Chirac venait d’annoncer. J’avais quinze ans. Mon père regardait les flammes à la télévision et ne disait rien. Sa main tremblait légèrement sur la télécommande, ce qui ne lui ressemblait pas. Quand j’ai voulu y aller, sortir, marcher vers Faaa avec mes amis qui m’appelaient pour participer, il m’a pris par l’épaule et m’a dit : ce feu-là, il finira par s’éteindre. Le souvenir non. Il avait travaillé sur Moruroa quinze ans plus tôt, il savait des choses qu’il ne m’avait jamais dites. Cette nuit-là, j’ai compris que la politique de mon pays passait par le ventre de mon père, et qu’elle ne le laisserait jamais en paix.