Mon arrière-arrière-grand-mère traversait la baie à la nage chaque matin pour aller à l’école. Vingt minutes d’eau froide, cartable sur la tête, robe attachée à la ceinture. Ma mère traversait en pirogue : son père la déposait à l’aube et venait la chercher au coucher du soleil. Moi je traverse en avion. Quarante minutes pour Tahiti, huit heures pour Paris. Et je ne sais plus le nom des poissons sous la quille, je ne sais plus à quelle heure passe la marée. Quand je rentre à Hatiheu pour les fêtes, ma grand-mère me regarde comme si j’arrivais d’ailleurs, comme si la baie était devenue plus large entre nous.