La pierre du marae portait des noms. Mon arrière-arrière-grand-mère les chantait à voix basse quand elle passait devant, le soir, sur le chemin du puits. Quand les missionnaires sont venus, on a recouvert les noms de terre, puis d’herbe, puis d’oubli. Le marae est devenu un tas de cailloux et on nous a appris qu’il valait mieux ne pas regarder dans cette direction. Ma grand-mère savait encore trois noms. Elle me les a dits une fois, à voix très basse, dans la cuisine, comme s’ils pouvaient brûler la bouche. Elle est morte avec les autres, et je n’ai jamais osé les redire à voix haute.