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L’ombre de Fangataufa

Mon père est rentré du chantier de Fangataufa avec la toux des hommes qui avaient vu. Il était soudeur, il avait passé trois ans sur l’atoll, à monter et démonter des installations dont personne ne lui expliquait l’usage. Quand on lui demandait, il riait, il faisait le geste de balayer la question. Il n’a jamais parlé des combinaisons qui arrivaient toujours en retard, ni de l’eau du lagon où ils plongeaient le soir pour se rafraîchir parce qu’il faisait trop chaud. Il est mort à cinquante-deux ans, d’un cancer dont aucun médecin n’a voulu écrire l’origine. La pension militaire est arrivée trois mois après son enterrement. Ma mère ne l’a jamais touchée.

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