Ma grand-mère parlait reo avec les pierres du jardin et français avec le directeur de l’école. Les deux langues vivaient dans la même bouche, chacune avec son territoire et ses heures. À moi elle a parlé les deux, sans transition, selon le moment. Mais à l’école on m’a interdit le reo dans la cour. Si la maîtresse entendait un mot, c’était la règle sur les doigts ou le coin du mur. J’ai appris à me taire, puis à oublier. Aujourd’hui je le retrouve seulement en chantant, à l’église ou dans la voiture quand personne n’écoute. Les mots reviennent par les chansons, jamais par les conversations.