Mon grand-père plongeait sans cordon, sans masque, dans le lagon de Manihi. Il faisait la pêche aux nacres pour les commerçants chinois qui passaient une fois par mois depuis Papeete. Il restait deux minutes sous l’eau, parfois trois quand la nacre était récalcitrante, et il remontait avec les coquilles serrées dans les mains et le sang aux oreilles. Il faisait ça depuis l’âge de douze ans, comme son père avant lui. À cinquante ans, ses tympans étaient morts, percés par la pression. Il n’entendait plus que la mer, disait-il, et il riait. La mer dans une oreille, et dans l’autre, le silence. Il est mort à soixante-quatre ans, en regardant le lagon depuis sa terrasse, sans pouvoir entendre ses petits-enfants qui jouaient à ses pieds.