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Trois jours et trois nuits de mer

À dix-huit ans, ma mère a embarqué sur le Tamarii pour Tahiti, le seul bateau qui faisait la liaison entre les Marquises et Papeete une fois par mois. Trois jours et trois nuits de mer, dont une nuit de tempête où on a cru chavirer entre Takaroa et Rangiroa. Quand elle est arrivée à Papeete, elle ne reconnaissait ni les odeurs, ni les visages, ni la lumière, ni les bruits de moteur. Tout était trop, trop grand, trop fort, trop bruyant pour une fille de Hiva Oa. Elle avait rendez-vous chez une cousine qui s’est révélée hostile et l’a renvoyée le lendemain. Elle a dormi dehors la première nuit, près du port, avec son sac. Elle a appris à se fabriquer un autre nom, à parler avec un accent qu’elle n’avait pas. Elle n’est jamais retournée à Hiva Oa.

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