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Les motifs des épaules

Mon tatouage est mon grand-père. Pas son visage, mais ses motifs. Il avait les épaules couvertes de patou tiki qu’il portait jeune, à dix-huit ans, avant que la mission ne lui demande de se couvrir pour toujours. Il les a cachés sous des chemises à manches longues toute sa vie, par toutes les chaleurs, parce que la mission disait que c’était la marque du diable, sale, païen, pas chrétien. Il ne se baignait jamais torse nu, même à la rivière, même devant ses fils. Il est mort à quatre-vingt-deux ans à l’hôpital de Papeete. Quand on a lavé son corps pour le rapatrier à Nuku Hiva, on les a tous revus, intacts sous la chemise blanche, et personne dans la famille ne les connaissait. Moi je les remets dehors. Sur mes épaules, sur celles de mon frère qui les a refaits aussi. Pour qu’on les voie cette fois.

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