Ma grand-mère vivait à Tureia, un atoll au sud des Tuamotu, à quatre jours de bateau de Papeete. Elle pêchait dans le lagon, elle tressait, elle élevait quatre enfants à peu près seule depuis la mort de son mari. Un jour de 1962, le navire est venu sans prévenir. Les militaires ont expliqué qu’il fallait évacuer pour quelques jours, le temps des essais, qu’ils prendraient soin de tout, qu’on reviendrait. On les a emmenés sur Tahiti avec une valise par personne et un poulet vivant pour celles qui en avaient encore. Elle n’est jamais revenue à Tureia. L’atoll a continué sans eux, occupé par d’autres hommes en uniforme. Elle disait que le sable de Tureia lui manquait plus que les visages.