À trente ans, je suis retournée au marae de Mahaiatea pour la première fois depuis l’enfance. Personne ne m’avait dit qu’on pouvait, qu’on avait le droit, que la pierre nous attendait. Le sentier était envahi de fougères jusqu’à la taille, il a fallu presque cinquante minutes pour atteindre le site, à se frayer un passage. Quand je suis arrivée, j’étais seule. La pierre était chaude au soleil de fin d’après-midi, presque brûlante quand on la touchait avec la paume. Je ne savais pas quoi faire, je n’avais pas appris les gestes, alors je me suis assise et j’ai dit le nom de ma grand-mère à voix haute, puis celui de sa grand-mère, puis celui de l’arrière. Je ne suis allée que jusqu’à là. La pierre a répondu en silence. C’était assez.