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La fierté dans son regard qui s’efface

Récit personnel

Elle était là quand je suis arrivé, heureuse comme à son habitude, mais la peur au ventre pour sa fille. Elle était là. En 1998, elle accueillait son 10ᵉ mo’otua (petit-enfant).

À 50 ans, elle m’a vu venir au monde. À 52 ans, elle m’a vu entrer à l’école. À 67 ans, elle m’a vu obtenir mon baccalauréat. Pendant 17 ans, elle m’a vu grandir, prononcer mes premiers mots, tomber, me relever, pleurer, réussir, échouer…J’ai grandi avec elle et j’ai tout partagé avec elle. Si je me suis autant battu, c’était aussi pour voir cette fierté dans son regard. Le même regard que je voyais petit.

Aujourd’hui, dix ans plus tard, sa mémoire présente des failles. Elle est encore elle, parfois. Des questions se bousculent dans ma tête, mais celle qui revient sans cesse est : va-t-elle oublier tous nos moments ?

Je la regarde et je me dis que je me fais des illusions. Pourtant, je sais pertinemment que mon cerveau a créé un mécanisme de protection, comme pour retarder l’inévitable. Je la pensais éternelle. Peut-être me voilais-je la face, par égoïsme. J’ai peur qu’elle oublie ma vie. J’ai peur qu’elle oublie la sienne. Je regarde ses photos, ces fragments de souvenirs qui racontent une existence entière, et je ne peux m’empêcher de penser à ce qu’elle ressent lorsque le doute s’installe, lorsque les souvenirs s’effacent peu à peu…

Cela fait cinq ans que je ne vis plus quotidiennement avec elle. Cinq ans que je suis parti de sa maison pour vivre mes propres expériences. Mais j’ai honte de m’avouer que je l’ai prise pour acquise. Je m’en veux de la laisser chaque fois que je lui rends visite.

Elle m’a tout appris : à grandir, à avancer, à me relever. Mais elle ne m’a jamais appris la seule chose que je redoute aujourd’hui : vivre sans elle.

Mémoire scellée le 6 juillet 2026 · voir l'empreinte

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