Etant petit, mes parents m’emmenaient au Poneyclub de l’hippodrome de Pirae. Là bas, au moins une fois par semaine, il y avait des cours pour les enfants, plutôt aisés, sur les Poney. Dans le club, les animateurs étaient marquisiens, ils s’occupaient des chevaux, des poneys et des enfants. Certains étaient venus en famille, notamment de Nuku Hiva. Il y avait des frères et des neveux, que des hommes débarqués des îles Marquises notamment à cause de leurs connaissances des chevaux. Ils n’avaient pas l’air très heureux à Tahiti, du gris partout, des murs partout, obligé de travailler tous les jours pendant de longues heures, sans être déclarés, en étant payé une misère. Est ce cela le rêve de Tahiti ? Ils survivaient en faisant aussi de l’art, des dessins de sable, de grandes fresques sur les légendes marquisiennes en sable noir et blanc, parfois vert et bleu. Ils avaient l’air nostalgique, nostalgique d’une terre où ils auraient été plus libre, libre du béton, libre de l’argent, libre de l’administration, libre.
J’ai revu certains à Nuku Hiva, ils avaient l’air… plus libre. Cependant, certains habitaient à Taiohae et d’autres dans les vallées. Et plus le temps avançaient, et plus vivre à Taiohae, la vallée principale, semblait entravée. Les chevaux qu’ils attachaient ou bon leur semblait sont désormais refusés de partout, refusé sur le domaine du Pays, refusé sur les terrains privés, les gens s’énervent par message de réseaux sociaux interposés : si vous ne venez pas récupérer votre cheval, je le prends pour moi/ je le mange/ je le lâche… nous ne saurons pas si une de ces menaces ont été mises à exécution. Mes maîtres chevaux les emmènent donc au Plateau de Toovii, au moins les chevaux auront de l’herbe… mais au prix de la biodiversité exceptionnelle de l’île ?
J’ai revu certains, ils leurs restaient un petit air mélancolique, si la vie à Tahiti était difficile, ils en ont tirés des bénéfices : une meilleur élocution du français, un apprentissage approfondit des termes techniques du dressage équin, des contacts qui leur serviront plus tard, s’il devait revenir sur Tahiti, notamment en Evasan… Ils sont partis aux Etats Unis il paraît, pour repayer le salaire qu’ils ont très peu touché. Il semble que ça leur ait plu.
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