Le cyclone a soulevé notre fare et l’a posé soixante mètres plus loin, tout entier, comme un jouet qu’un enfant déplace sur la table. Mon père a passé deux jours à ramener les tôles depuis la plage, à les remettre dans le bon sens, à les compter pour voir s’il en manquait. Ma mère a passé deux jours à pleurer les photos qui n’étaient plus que de la pâte mouillée dans un carton défoncé. Je devais avoir huit ans à l’époque. Je me souviens surtout du silence qui a suivi le vent, plus impressionnant que le bruit lui-même, et de la voix de mon grand-père au téléphone depuis Papeete : si la maison est partie c’est qu’elle voulait, on en refera une autre. Il riait, mais il ne pouvait pas venir.