Ma grand-mère est morte avec le pa’umotu dans la bouche. Sa dernière phrase, je ne l’ai pas comprise, c’était une langue qu’elle avait gardée pour elle, qu’elle parlait avec ses sœurs au téléphone, jamais avec nous, jamais avec mes parents. Je ne savais pas qu’il y avait des mots qu’elle gardait pour elle seule, des phrases entières que ma mère avait renoncé à transmettre par fatigue ou par honte des temps anciens. Maintenant je les apprends, un par un, dans un livre de l’académie tahitienne et avec des audios. Je m’enregistre, je me corrige, j’écoute. Aucun livre ne sent comme la peau de ma grand-mère, aucune méthode ne reproduit sa voix quand elle riait avec sa sœur en pa’umotu. Mais j’apprends, c’est tout ce que je peux faire pour elle maintenant.