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Vacances à Puohine

Récit personnel

Quand arrivaient les vacances de décembre, nous partions pour l’île de Raiatea. Plus précisément à Puohine, un petit village à l’autre bout de l’île qui, dans les années 90, venait tout juste d’être relié à Uturoa (le village principal) par une route traversière.

Nous prenions le bateau : le Taporo, le Vaeanu, le Ono Ono, le Hawaiki Nui, pour une traversée d’une nuit avec une escale à Huahine vers 2 heures du matin, où tous les jeunes descendaient acheter des brochettes de cœur, sauce ketchup et moutarde Goldens.

Ces vacances ont ponctué ma jeunesse. Être avec la famille, les cousins, les tatis, les tontons, les grands-parents (Copae et Comin – écriture approximative, il s’agit de la déformation des mots « grand-père » et « grand-mère »). Nous étions tous réunis et, pour moi, c’était comme une grande colonie de vacances.

Presque quotidiennement, avec les cousins, après avoir accompli nos tâches (ramassage des feuilles du jardin, vaisselle…), nous allions à la pêche aux crabes ou aux poissons. La vie se déroulait sans souci, tranquillement. Le plus jeune de nos oncles nous accompagnait parfois avec son radiocassette qui passait en boucle les chansons de Barthélémy.

Les fêtes de fin d’année à Puohine sont les plus marquantes de ma jeunesse, surtout le jour de l’An. Le 31 au soir, pas de fête. C’était le Purera’a au temple jusqu’à minuit et, pour ceux qui restaient à la maison, il s’agissait de préparer la journée du lendemain. On faisait des gâteaux, des quiches, des chips de crevettes, des sachets de bonbons…

À minuit, on tirait quelques bâtons de feu d’artifice, quelques pétards, on s’embrassait en se souhaitant une bonne année, puis on allait se coucher.

Le lendemain matin, les enfants de chaque foyer passaient dans les maisons du village pour souhaiter une bonne année aux anciens, à la famille, à la communauté. Ils recevaient alors les bonbons, les gâteaux et les jus qui avaient été préparés la veille.

Dans l’après-midi, c’était au tour des adultes de faire la tournée des maisons et de discuter avec le cousin qu’on n’avait pas vu depuis plusieurs années, la mamie et le papi qui avaient du mal à vous reconnaître d’une année sur l’autre et qui vous faisaient répéter plusieurs fois les choses. En compensation du déplacement, ceux qui accueillaient offraient à boire : une bière, un pastis, un verre de vin…

Tous se dirigeaient d’un pas chancelant vers la dernière maison du village, celle de Fati, où une grande fête se tenait : danse, alcool et bagarres en fin de soirée.

Des vacances exceptionnelles.

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