Mon grand-père racontait la lumière. Celle qui faisait jour la nuit, au-dessus de Moruroa. Il était cuisinier sur la base militaire, il n’avait pas choisi d’être témoin. Quand l’éclair venait, il disait qu’on sentait l’air vibrer dans la bouche avant de l’entendre. Les militaires comptaient les secondes. Lui comptait les visages, ses cousins, son frère, tous Pa’umotu, tous penchés à la rambarde. Quarante ans plus tard, il n’a jamais su nommer ce qu’il avait vu. Seulement la peur qui restait dans le ventre, et qui passait aux enfants sans avoir besoin de mots.